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Tsunami : cas de trafic d'enfant signalés et gel des adoptions en Asie du Sud-est

GENEVE, 4 jan (AFP)

Le tsunami décuple les risques de trafic d'enfants et d'adoption dévoyée

Le raz de marée en Asie et sa cohorte d'enfants abandonnés risque d'être une aubaine pour les trafiquants d'enfants, et l'adoption internationale ne doit être qu'un dernier recours pour les victimes de la catastrophe, soulignent mardi les organisations humanitaires.

"L'expérience montre que les risques de trafic d'enfants augmentent en situation de crise lorsqu'il y a des mouvements de population et que l'environnement de protection de l'enfant s'écroule, qu'il n'y a plus de parents, de famille, d'école ou de village", explique Marc Vergara, porte-parole de l'Unicef à Genève.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance n'a pas encore évalué le nombre de mineurs livrés à eux-mêmes depuis la tragédie du 26 décembre dans l'océan Indien, mais estime que 1,5 million d'entre eux ont été touchés d'une manière ou d'une autre par le tsunami. Les moins de 18 ans représentent en moyenne 39% de la population des pays frappés par la vague géante.

Peu de cas de trafic d'enfants ont été confirmés jusqu'à présent, mais la catastrophe a frappé la partie du monde la plus menacée par les réseaux qui cherchent à exploiter les enfants à des fins criminelles, d'esclavage, de prostitution, d'adoption au prix fort, voire de recrutement paramilitaire.

La démographie galopante, la pauvreté et la facilité à franchir les frontières ont fait de l'Asie un terrain favorable pour le commerce des enfants. En outre peu d'entre eux sont enregistrés à la naissance dans les zones rurales.

"Il est facile de dire: 'c'est mon petit neveu'", observe M. Vergara.

Même en l'absence de mafias locales, les mineurs isolés, surtout les jeunes filles, peuvent être poussés vers la prostitution "par besoin de survivre et parce qu'ils n'ont rien d'autre à offrir", ajoute le porte-parole.

Pour protéger les enfants, l'Unicef met en place dans les zones sinistrées des centres d'accueil qui tentent de les identifier et de retrouver leurs familles grâce à des photos.

Dans les pays riches, plusieurs appels ont été lancés, notamment par le maire de Rome ou la religieuse française soeur Emmanuelle, pour que l'adoption des enfants victimes du tsunami soit facilitée.

Le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier a indiqué lundi que Paris était prêt à mettre en place un dispositif particulier pour l'adoption d'orphelins.

Mais les organisations humanitaires rappellent que beaucoup de réseaux internationaux d'adoption sont aux mains de trafiquants et que le mieux pour un orphelin est d'être recueilli par sa famille élargie, par sa communauté (village) ou au moins de rester dans son pays.

"Si un enfant a déjà tout perdu, on estime que ce n'est pas la peine d'en rajouter en lui imposant un nouveau pays, de nouvelles habitudes et une nouvelle langue", rappelle M. Vergara.

"On n'est pas contre l'adoption internationale, mais ce doit être une dernière option", ajoute-t-il. "Ce n'est pas parce qu'un enfant est séparé qu'il est forcément orphelin".

Les institutions humanitaires (Unicef, Croix-Rouge, Save the children...) ont adopté un "mode opératoire" qui stipule qu'aucun enfant ne doit être adopté à l'étranger "sauf s'il est clairement établi qu'il n'a ni parents, ni famille, ni communauté disposée et capable de s'occuper de lui". Un délai d'au moins deux ans doit en outre être respecté pour constater que la famille de l'enfant n'existe plus.

"Lors des crises humanitaires en Afrique des Grands Lacs, il y a eu beaucoup d'enfants séparés, mais on s'est aperçus qu'on peut en général retrouver les parents", rappelle le porte-parole de l'Unicef. "Cela a pris parfois deux ans".

 

L'Unicef confirme un cas de trafic d'enfant après les tsunamis

Fri January 7, 2005 3:30 PM CET
par George Nishiyama

DJAKARTA (Reuters) - Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a confirmé vendredi l'enlèvement d'un enfant en Indonésie après la catastrophe du 26 décembre, renforçant les craintes de trafics d'orphelins ou d'enfants séparés de leurs parents.

Des informations similaires ont circulé peu de temps après le tremblement de terre et les vagues sismiques qui ont fait plus de 150.000 morts dans huit pays d'Asie et cinq pays de la côte orientale d'Afrique. Mais l'Unicef apporte la première confirmation de l'existence de ce genre de trafic.

Birgithe Lund-Henriksen, responsable de l'Unicef en Indonésie, a évoqué le cas d'un enfant de quatre ans sorti de Banda Aceh, capitale de la province indonésienne d'Aceh, sur l'île de Sumatra, par un couple affirmant en être les parents.

La police locale a été prévenue par des ONG qui ont mis en doute le récit de ce couple lorsqu'il a amené l'enfant dans un hôpital de Medan, à 450 km au sud-est de Banda Aceh.

Lund-Henriksen a fait état d'informations sur d'autres cas de trafic d'enfants, parmi lesquels le récit de l'employé d'une ONG qui aurait vu une centaine d'enfants emmenés en pleine nuit par bateau depuis la province d'Aceh.

250.000 PERSONNES CHAQUE ANNEE

Selon elle, Medan est connu de longue date comme une plaque tournante du trafic d'enfants indonésiens qui passent par la suite vers les réseaux de travail forcé, d'adoption clandestine ou de prostitution.

"Nous sommes très préoccupés par ce trafic. C'est une réalité qui existait avant le tsunami", a dit Lund-Henriksen. "Les réseaux sont en place. Il est certain qu'ils profiteront du chaos pour agir."

De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a demandé aux pays frappés par les raz-de-marée d'être très vigilants quant au trafic d'orphelins et d'autres personnes fragilisées.

"Une ONG a fait état de sept cas d'enfants trafiqués en Indonésie", a dit Richard Danziger, responsable de la lutte contre la contrebande au sein de l'OIM.

Ses services ont dépêché des experts en Indonésie, au Sri Lanka et en Thaïlande. Selon les chiffres de l'OIM, quelque 250.000 personnes sont victimes du trafic à partir, à l'intérieur ou à destination du Sud-Est asiatique chaque année.

Les autorités indonésiennes ont fait savoir qu'elles avaient commencé un processus de recensement des orphelins.

http://www.reuters.fr/